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La révélation, fin avril 2004, des mauvais traitements et tortures pratiqués dans les lieux de détention américains en Irak, notamment dans la prison dAbu Ghraïb, a suscité lhorreur et la réprobation dans le monde entier. Parmi les nombreuses réactions publiques exprimées à ce moment-là, se trouvent les Églises, dont il faut bien dire quelles condamnaient clairement la torture depuis longtemps. Ce sont quelques-unes de leurs positions marquantes qui sont ici présentées, aussi bien à léchelle internationale que sur le plan national américain.
Positions des Églises avant mai 2004 Conseil oecuménique des Églises Le 12 février 2001, dans un message de soutien à la Campagne internationale contre la torture, envoyé à la Fédération internationale de lACAT, le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE rappelle que : « Pour les chrétiens, le Royaume de Dieu est un Royaume de la vie. Lorsque la vie est écrasée, lorsque les forces du mal et des ténèbres se déchaînent pour mutiler et tuer, cest la réalité de Dieu qui est ignorée et niée. Les cris des victimes trouvent un écho dans cette supplication : Jusquà quand, Seigneur ? Jusquà quand aurai-je en mon âme la douleur, le chagrin en mon coeur, de jour et de nuit ? (Psaume 13, 1-2). La plus atroce des violations des droits de lhomme est latteinte délibérée portée à lintégrité de la personne humaine en la défigurant. Elle cherche à détruire le respect de soi de la victime, non seulement dans linstant de la torture, mais pour le reste de ses jours. Souvent, de tels actes sont perpétrés avec la complicité dagents de lÉtat et même de personnes de la profession médicale qui violent ainsi le serment de leur ordre, par lequel ils se sont engagés à ne jamais causer de mal. Ne pas subir la torture est un droit fondamental que garantissent des législations nationales et internationales, stipulant que les gouvernements sont responsables den prévenir la pratique et de poursuivre et punir ceux qui sen rendent coupables. Le Comité central du COE était conscient de ce que ce fléau a dhorrible lorsquil déclarait en 1977 :Aujourdhui, nous sommes sous le jugement de Dieu, car, en notre temps, les ténèbres, le mensonge et linhumanité des chambres de torture sont devenus une réalité plus largement répandue et plus atroce quen aucune autre période de lhistoire. Face à laccroissement des actes de torture, au nom de Jésus Christ, Vie du monde, nous réaffirmons lengagement commun des Églises membres, unies dans la communauté fraternelle du Conseil oecuménique des Églises, et nous les prions instamment doeuvrer plus énergiquement encore en vue de lélimination de la torture sous toutes ses formes, tant dans leurs lieux de vie et de témoignage que sur la scène internationale. Ainsi, nous sommes en solidarité avec la Fédération internationale de lACAT et avec toutes les organisations de la société civile qui oeuvrent en faveur de labolition de la torture. Ensemble, nous pouvons devenir des instruments au service de laccomplissement de la promesse de Dieu, selon laquelle chaque être humain pourra jouir de la plénitude de vie que Dieu a voulue, libre de la peur, dans la dignité propre aux personnes créées à la sainte image de Dieu. » Et, dans le deuxième rapport du comité des questions dactualité, en date daoût et septembre 2002, sur les répercussions sur les droits de la personne et sur le droit international, le COE constate que : « Dans sa réaction aux attentats, le gouvernement des États-Unis a mis en oeuvre une série de mesures qui menacent les droits de la personne et les libertés civiles à la fois aux États-Unis et ailleurs. Il a exigé que les autres nations prennent des mesures strictes et adoptent des législations et des pratiques reflétant celles des États-Unis. Cest ainsi que les États-Unis ont favorisé ladoption, dans de nombreux pays, de politiques qui rappellent les années 1970 et 1980, lorsque des gouvernements militaires répressifs appliquaient la doctrine de la sécurité nationale en déclarant létat durgence et, ce faisant, suspendaient les protections constitutionnelles applicables aux droits de lhomme et aux libertés civiles. Les implications de cette démarche, tant à court quà long terme, sont profondément déconcertantes et poussent les chrétiens à continuer à sexprimer et à plaider en faveur de normes strictes des droits de la personne que les Églises elles-mêmes ont beaucoup contribué à développer. » Église catholique Dans son message du 1er janvier 2004 pour la célébration de la Journée mondiale de la paix, le pape Jean Paul II affirme avec force que : « [
] Pour être victorieuse, la lutte contre le terrorisme ne peut se limiter seulement à des opérations répressives et punitives. Il est essentiel que le recours à la force, sil est nécessaire, soit accompagné dune analyse courageuse et lucide des motivations sous-jacentes aux attaques terroristes. En même temps, la lutte contre le terrorisme doit aussi être menée sur le plan politique et pédagogique : dun côté, en supprimant les causes qui sont à lorigine de situations dinjustice qui incitent souvent aux actes les plus désespérés et les plus sanguinaires ; de lautre, en insistant sur une éducation inspirée du respect de la vie humaine en toutes circonstances : lunité du genre humain est, en effet, une réalité plus forte que les divisions contingentes qui séparent les hommes et les peuples. Dans la nécessaire lutte contre le terrorisme, le droit international est désormais appelé à élaborer des instruments juridiques dotés defficaces mécanismes de prévention, de surveillance et de répression de la criminalité. Dans tous les cas, les gouvernements démocratiques savent bien que lusage de la force contre les terroristes ne peut justifier le renoncement aux principes dun État de droit. Des choix politiques qui rechercheraient le succès sans tenir compte des droits fondamentaux de lhomme seraient inacceptables, car la fin ne justifie jamais les moyens. » « Les événements de lhistoire nous enseignent que lédification de la paix ne peut se passer du respect dun ordre éthique et juridique, selon le vieil adage : Serva ordinem et ordo servabit te (préserve lordre et lordre te préservera). Le droit international doit éviter que prévale la loi du plus fort. Son but essentiel est quà la force matérielle des armes soit substituée la force morale du droit, prévoyant des sanctions appropriées contre les transgresseurs, ainsi que des réparations adaptées pour les victimes. Cela doit également valoir pour les gouvernants qui violent impunément la dignité et les droits de lhomme, sous le prétexte inacceptable quil sagit de questions internes à leur État. »
Positions desÉglises après mai 2004 Conseil oecuménique des Églises De son côté, le 25 juin 2004, à la veille de la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, Samuel Kobia, secrétaire général du COE, affirme : « Bien quil ny ait pas de pratique humaine plus abominable ou autant condamnée, la torture physique et mentale et les autres formes de traitements cruels et inhumains sont maintenant en augmentation et appliquées systématiquement dans de nombreux pays, si bien quaucune nation ne peut prétendre en être exempte. Le traitement inhumain des hommes et des femmes délaissés dans la prison dAbu Ghraïb, à Bagdad, qui a choqué les gens à travers le monde, il y a quelques semaines, en est un récent et tragique exemple. La torture sous toutes ses formes reste une violation de la valeur évangélique absolue de la dignité de la personne humaine et du caractère sacré de la vie
Le triste fait que la pratique horrible davilir des gens, en les soumettant à de la torture physique et psychologique continue à être en usage aux niveaux local et international dans toutes les régions du monde, que ce soit dans lhémisphère nord ou sud, sexplique largement par léchec des gouvernements à ratifier les normes et standards internationaux afin de les rendre applicables aux situations locales et internationales. » Église catholique Le 5 juin 2004, lors de sa rencontre avec le président américain Bush, le pape Jean Paul II fait allusion aux tortures subies par les prisonniers des forces américaines, dans la prison dAbou Ghraïb et, sans doute, ailleurs : « Dans les dernières semaines, dautres événements déplorables sont venus à la lumière, qui ont troublé la conscience civique et religieuse de tous et rendu plus difficile un engagement serein et résolu pour des valeurs humaines partagées. Faute dun tel engagement, ni la guerre ni le terrorisme ne seront jamais vaincus. » Le 27 juin 2004, à loccasion de la célébration, le 26 juin, de la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, le pape demande lengagement de tous, institutions et citoyens, pour combattre la torture : « On célébrait hier la Journée mondiale contre la torture. Puisse lengagement commun des institutions et des citoyens bannir complètement cette violation intolérable des droits de lhomme, radicalement contraire à la dignité de lhomme. » Le 9 septembre 2004, à loccasion dune intervention dans le cadre dune rencontre pour la paix organisée par la communauté SantEgidio à Milan, le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour lunité des chrétiens, affirme que « les religions doivent arracher le masque religieux des terroristes pour les démasquer et les montrer pour ce quils sont vraiment, cest-à-dire des nihilistes qui méprisent toutes les valeurs et les idéaux de lhumanité» et que, « outre la faim et la pauvreté dans le monde, le nouveau fléau de lhumanité et le nouveau défi lancé à la civilisation tout entière est le terrorisme ». Soulignant les implications religieuses du terrorisme, le cardinal explique que « les motifs sociaux,économiques et politiques se mêlent aux motifs religieux ; la religion sert souvent de couverture idéologique et est donc instrumentalisée. » « Mais les religions sopposentelles avec suffisamment de clarté à cette instrumentalisation ? » sinterroge le cardinal Kasper. Le président du Conseil pontifical pour lunité des chrétiens précise que « les trois religions monothéistes interdisent toutes le suicide et excluent par conséquent de manière catégorique les attentats suicides. Ceux qui commettent ces attentats suicides ne devraient donc pas selon les principes du Coran être vénérés comme des martyrs. Ils devraient être condamnés comme des meurtriers et des délinquants. » « Le terrorisme, poursuit le cardinal Kasper, comme négation de la dignité de lhomme est en même temps une offense à Dieu. La justification du terrorisme au nom de Dieu est labus le plus grave du nom de Dieu et sa plus grande profanation. » Le président du Conseil pour lunité des chrétiens déclare : « Nous ne pouvons pas défendre la dignité de lhomme et la paix uniquement avec des paroles pieuses, nous devons les défendre aussi par les faits. » « La lutte contre le terrorisme international a besoin dinterventions militaires et de police. Les démocraties doivent être prêtes, même si cela doit signifier le sacrifice de vies humaines, à défendre leur liberté par la force », souligne le cardinal. « Toutefois, dans la lutte contre le terrorisme, ajoute le cardinal Kasper, on ne peut pas utiliser ce que lon combat dans le terrorisme
On ne peut pas supprimer les droits de lhomme fondamentaux et utiliser linstrument de la torture qui est contraire à la dignité de lhomme ; on ne peut pas faire une guerre préventive qui abolisse les règles de la guerre juste qui ne sont valables que comme ultima ratio ; on ne peut pas tuer des personnes de façon ciblée sans un juste procès au préalable. »« La barbarie du terrorisme ne peut pas nous faire faire marche arrière par rapport aux conquêtes de lhumanité civilisée et nous refaire plonger dans la barbarie », a-til souligné. Le cardinal Kasper appelle à combattre par tous les moyens « les conditions qui favorisent lexpansion du terrorisme et qui pourraient être considérées comme une légitimation ». « Il faut éliminer les situations sociales,économiques, politiques, injustes, et sengager à mettre en place un ordre mondial plus juste, surtout dans les régions critiques du monde », explique le cardinal. « Les religions doivent se réveiller, et activer leurs ressources spirituelles de résistance à la violence terroriste.», conclue-t-il. Conseil national des Églises américaines Dans une déclaration du 12 mai 2004, le Conseil national des Églises américaines, qui réunit un grand nombre dÉglises protestantes et orthodoxes, « déplore avec tristesse et indignation la dégradation de la situation en Irak qui évolue vers un chaos grandissant. Ce chaos est marqué par lhécatombe de morts de soldats américains, de civils Irakiens et dautres, par la brutalité grandissante, notamment les exécutions sommaires et les mutilations de citoyens américains, par linsécurité généralisée à travers tout lIrak, par lincertitude sur les dirigeants irakiens après le 30 juin, lévolution réduite et faite à contre-coeur des États-Unis quant au rôle de la communauté internationale en Irak, et les rapports dévastateurs sur lhumiliation et la torture des prisonniers irakiens par les personnels militaires U.S. Les États-Unis sont entrés en guerre contre lIrak dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. Peu importe ce quon entend par guerre contre le terrorisme comme axe principal de politique étrangère américaine, son objectif premier déradication du terrorisme comme une menace imminente contre les hommes de bonne volonté à travers le monde requiert la coopération de la plupart, sinon de tous, les pays du monde. Comment les Américains peuvent-ils sattendre à une telle coopération quand nos actions rencontrent seulement lécoeurement ?
Comment évaluer autrement les dégâts causés par linvasion unilatérale de lIrak, la privation de tous droits pour plus de 600 personnes détenues à Gantanamo, la fermeture dun journal irakien, les effroyables mauvais traitements réservés aux prisonniers irakiens ? La cause commune que tous les pays pourraient partager dans la guerre contre le terrorisme est dépassée par le ressentiment contre les États-Unis pour ce qui est considéré comme une trahison de ses propres idéaux.Malheureusement, lemblème photographique de cette guerre ne sera pas la chute de la statue de Saddam Hussein par les Américains et les Irakiens dans une célébration conjointe, mais sera la pyramide des prisonniers irakiens nus accablés de sarcasmes par des soldats américains dans un moment de faillite morale. Spécialement dans un monde rempli de conflits, notre foi nous appelle, comme témoins du Christ qui est notre paix, à lamitié et la solidarité avec tous les peuples et toutes les nations. Le chemin vers une telle solidarité nest pas facile. Il requiert plus de dialogue, de respect pour les autres, et la croyance dans la dignité de tout être humain. Une telle solidarité requiert aussi des engagements réciproques et des règles de conduite légitime, comme le prévoit le droit international en accord avec la communauté des nations. » Église catholique aux États-Unis Le 17 mai 2004, considérant comme « horribles » et « dégoûtantes » les photos de détenus irakiens torturés par des soldats U.S., Monseigneur John H. Ricard, évêque de Pensacola-Tallahassee, président de la commission des affaires Internationales de la Conférence des évêques américains, constate que les tortures épouvantables subies par les prisonniers irakiens « ont apporté la honte sur notre nation, sont un affront à nos principaux idéaux et détruiront les efforts légitimes pour affronter les menaces très réelles auxquelles doivent faire face notre pays et le monde. » Monseigneur Ricard estime que cela constitue un défi pour sinterroger sur des questions morales plus larges : les tortures infligées aux prisonniers irakiens mettent en relief « deux risques moraux qui pourraient provenir de la réponse aux horreurs du 11 septembre et des difficultés en Irak
Le premier est la conviction dêtre une exception. Nous pouvons perdre de vue la dure vérité que les sentiments jumeaux de victimisation et de supériorité morale ne nous libèrent pas de lobligation morale de soutenir les droits élémentaires, même de nos pires ennemis qui, pourtant eux-mêmes, ne montrent que mépris pour de tels droits. Le second risque moral est une conséquence naturelle du premier. La gravité des menaces auxquelles nous sommes confrontés nous incite à tolérer une morale où la fin justifie les moyens. La justice inhérente de notre cause et les nécessités pour arrêter le terrorisme peuvent conduire à une morale minimale qui accepte une interprétation extensive du droit international, linévitabilité des morts civils en Irak et le réalisme dune confiance démesurée dans la réponse militaire au problème du terrorisme global. Le défi moral à cette heure est daborder ces horribles cas de torture dune manière qui montre au monde et, plus important, à nous-mêmes que notre nation na pas succombé à de tels risques. La condamnation universelle de ce qui sest passé à Abu Ghraïb est un signe despoir quen dépit du mal inqualifiable qui nous a été fait et des terribles menaces que nous affrontons, notre nation sengage à agir en plein accord avec les normes morales fondamentales et les idéaux de liberté et de justice pour tous entretenus par lAmérique. En agissant ainsi, nous soutiendrons le droit international, renforcerons la nature morale de notre nation et honorerons mieux la mémoire des victimes du 11 septembre et des soldats et civils qui sont morts en Afghanistan et en Irak. »
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a quand la fin de l'hypocrisie sois-disant chrétienne ?